Logo de Femmes de Mékinac

Femmes de Mékinac


Présentation Membres Activités Documents et Publications Femmes de coeur Revue de presse Pour nous joindre

Le Nouvelliste - Édition week-end du 5-6 décembre 2015, page 4

« Je n'ai pas de réponse »

Vingt-six ans après le drame, la mère de Marc Lépine ne comprend toujours pas
Isabelle Légaré - isabelle.legare@lenouvelliste.qc.ca

Trois-Rivières - Monique Lépine ne sait pas pourquoi son fils a tiré à bout portant sur des jeunes femmes qui avaient l'avenir devant elles, ni pourquoi, avant de se donner la mort, il a déchargé sa colère envers les féministes.

«C'était quoi, pour lui, une féministe? Une femme qui gagne bien sa vie? Sa haine était-elle dirigée contre moi?»

Vingt-six ans après le drame de Polytechnique, les questions de Monique Lépine demeurent sans réponse. Cette femme a beau être la mère de Marc Lépine, elle n'était pas dans sa tête avant ni pendant.

Où s'était-il procuré une arme? Qui lui avait appris à s'en servir? Pourquoi lui? Pourquoi moi?

La mère endeuillée, écrasée sous le poids de la honte et de la culpabilité, s'est longtemps demandé ce qu'elle aurait dû faire ou ne pas faire pour empêcher son fils de commettre l'irréparable. «L'être humain est ainsi fait. Il veut des justifications à tout ce qui se passe. Parfois, c'est pour blâmer quelqu'un. Malheureusement, il y a des pourquoi pour lesquels on n'a pas de réponse. Et je n'ai pas de réponse», répète celle qui a déjà demandé pardon aux familles des victimes de son garçon.

Monique Lépine est revenue sur l'enfance et l'adolescence de ce jeune homme particulièrement doué en mathématiques, en électronique et en informatique. Elle a raconté qu'il est devenu Marc Lépine à l'âge de 14 ans. À sa naissance, son garçon s'appelait Gamil Gharbi.

«Marc a demandé à changer de nom en raison de sa consonance étrangère. Il ne voulait pas se faire achaler à l'école. En même temps, c'était un rejet complet de son père qu'il ne voyait jamais, qu'il ne connaissait pas», explique-t-elle avant de mentionner qu'en changeant d'identité, l'adolescent s'est forgé une autre personnalité et a mis une distance avec sa mère dont le fils sera toujours Gamil Gharbi, pas Marc Lépine.

Monique Lépine s'est séparée du père de ses enfants lorsque ces derniers avaient 5 et 3 ans. Elle qualifie son ex-mari de violent, qui a fui ses responsabilités en coupant les liens avec son garçon et sa fille. «Je ne sais même pas s'il est encore vivant aujourd'hui», admet-elle en haussant les épaules.

Après ce divorce et des lendemains difficiles, Monique Lépine a bûché fort pour se trouver un bon emploi, s'acheter une maison et s'assurer que ses enfants ne manquent de rien.

«Mais le matériel, ce n'est pas juste ça qui compte. Il faut accorder de l'importance à ce qu'il y a à l'intérieur de nous, à notre besoin d'amour... En disant qu'il avait de la haine, j'ai compris que mon fils avait de l'amertume en lui», analyse celle qui, tout au long de sa conférence, a parlé ouvertement de sa foi en Dieu, en citant plusieurs fois des paroles qui l'ont apaisée au moment où son existence se résumait à pleurer.

Monique Lépine aurait voulu que sa fille en fasse autant. Grandement affectée par la tragédie provoquée par son frère, la jeune femme qui amorçait des études collégiales a anesthésié sa peine en consommant des drogues, des doses plus puissantes et mortelles les unes que les autres.

Sept ans après le 6 décembre 1989, la tuerie de Polytechnique a fait une autre victime collatérale en la personne de Nadia Gharbi, la soeur de Marc Lépine. Elle avait 28 ans.

Monique Lépine s'est emmurée dans le silence pendant dix-sept ans, jusqu'au 13 septembre 2006 en fait, lorsque Kimveer Gill s'est introduit au Collège Dawson pour tuer à son tour. Anéantie, Mme Lépine a senti le besoin de s'adresser aux parents du meurtrier. Elle connaissait trop bien le film d'horreur dans lequel ils venaient d'être plongés.

Depuis cette première sortie publique, il y a eu un livre et l'émergence de ce besoin quasi viscéral d'aider son prochain. Plutôt que de s'enfoncer en cherchant des réponses que son fils a emmenées avec lui dans la mort, sa mère a choisi la vie.

«Je devais me mettre au service des autres pour continuer ma route», explique Monique Lépine qui livre son témoignage dans les églises, auprès de détenus, d'universitaires, dans les colloques et les milieux communautaires comme ce fut le cas, à Sainte-Thècle.

Dans cette maison de la rue Saint-Jacques où elle s'est adressée en toute franchise à un petit groupe de femmes touchées par son histoire, la mère de Marc Lépine a été accueillie comme une des leurs.

Sur le ton de la confidence, elle les a invitées à faire preuve de courage. «Il faut continuer d'avancer malgré nos peurs», a dit Monique Lépine, une victime pour qui parler s'est avérée une source de libération et de pardon. Envers lui et envers elle.

«Mon fils, je ne le vois pas seulement dans sa dernière heure. Je le vois dans les 25 ans de sa vie où j'ai eu des moments de joie avec lui. Je ne renierai jamais être la mère de Marc Lépine. C'est moi qui l'ai porté. Il a fait une erreur dans sa vie, c'est vrai, mais je l'ai aimé et je l'aime encore...»

 

Photo : La Presse

Sur le mur extérieur de l'École polytechnique de Montréal, on retrouve une plaque commémorant les 14 victimes de la tuerie du 6 décembre 1989. Parmi elles, on retrouve le nom d'Annie St-Arneault, originaire de La Tuque. - Photo : La Presse.

 


Association touristique régionale de la Mauricie Netfemmes