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Le Nouvelliste - Édition week-end du 5-6 décembre 2015, page 5

Monique Lépine, mère et victime

Chronique LA VIE
Isabelle Légaré - isabelle.legare@lenouvelliste.qc.ca

Monique Lépine n'a pas l'habitude d'être présentée comme une victime. Ce qu'elle est pourtant. « On dira plutôt que je suis la mère d'un tueur... » Ce qu'elle est aussi.

Ça sentait bon le café, en ce mercredi après-midi, au 211 rue Saint-Jacques, à Sainte-Thècle. La maison familiale annexée à une quicaillerie abrite les locaux de l'organisme Femmes de Mékinac. Chaque année, à l'approche du 6 décembre, une femme est invitée à raconter son histoire susceptible de faire naître l'espoir malgré la violence dont elle a été victime.

C'est ainsi qu'on a présenté Monique Lépine qui en a été visiblement touchée. Devant elle étaient réunies une vingtaine de participantes, des retraitées et des «femmes à la maison» pour la plupart, des mères de famille et des grands-mamans auprès de qui la dame de 78 ans s'est adressée avec une sérénité que personne ne pouvait lui soupçonner.

Dans cette cuisine ensoleillée malgré le temps frisquet à l'extérieur, Monique Lépine est venue leur raconter son 6 décembre 1989, une date qu'elle voudrait pouvoir faire disparaître de son calendrier.

Peu après 16h, Marc Lépine s'est introduit à l'École Polytechnique de Montréal. L'homme de 25 ans a tué froidement quatorze jeunes femmes sous prétexte qu'elles étaient des femmes et s'est enlevé la vie, condamnant sa mère à l'horreur de ses gestes et à une longue descente aux enfers.

« La violence, sous quelque forme qu'elle se manifeste, est un échec. »

C'est en citant Jean-Paul Sartre que Monique Lépine a amorçé sont récit.

Il y a 26 ans, l'infirmière de profession occupait un poste de gestion en tant que conseillère auprès de responsables de soins infirmiers des établissements de santé privés du Québec.

Le soir du 6 décembre 1989, après sa journée de travail, la femme qui vivait seule a gagné son appartement de Montréal et a ouvert machinalement son téléviseur pour y apprendre avec stupeur qu'un drame venait de se produite.

Bouleversée par les images qui défilaient en boucle sur son écran, Monique Lépine a éteint la télé et s'est précipitée à l'église baptiste qu'elle fréquantait déjà pour se recueillir. Comme elle l'a déjà raconté dans un livre, Mme Lépine a répété avoir eu une pensée pour la mère du tueur de Polytechnique, en se demandant si cette femme allait se relever d'une telle épreuve.

Le lendemain de la tragédie qui avait ébranlé tout le Québec, Monique Lépine s'est rendue, comme prévu, à une activité de formation. Pendant toute la journée, les gens autour d'elle ne parlaient que de la tuerie de la veille, chacun y allant de ses hypothèses et affirmations sur les gestes d'un homme dont le nom était inconnu à ce moment-là.

Il était près de 18h lorqu'en route pour sa demeure, Mme Lépine a décidé de faire un arrêt à son lieu de travail pour y récupérer des documents.

En mettant le pied dans l'édifice, elle se souvient d'avoir été surprise d'y retrouver autant de collègues, il y avait de l'agitation dans l'air, même que son patron l'a accueillie froidement, ce qui n'était pas dans son habitude.

Une fois dans son bureau, Mme Lépine a constaté, étonnée, qu'un de ses frères avait tenté de la joindre. Elle l'a rappelé et au bout du fil, c'est un homme catastrophé, la voix tremblante, qui lui a annoncé: « On pense que Marc est le tueur de Polytechnique. »

La femme s'est effondrée. Le seconde d'après, son patron et des policiers en civil entraient dans la pièce pour lui confirmer que son fils avait tué 14 femmes avant de se suicider. Dans un même souffle, ils l'avisaient que le corps du meurtrier devait être identifié et lui réclamaient une photo récente de ce dernier.

Le cauchemar éveillé a commencé à cet instant précis. « Ça dépassait tout entendement. Les 48 heures suivantes sont imprimées à jamais en moi », laisse-t-elle tomber.

Escortée jusque chez elle, Monique Lépine a mis la main sur un portrait de famille que les enquêteurs ont fait agrandir plusieurs fois avant d'obtenir le visage découpé et un peu flou de Marc Lépine.

Monique Lépine déteste cette photo qui frappe l'imaginaire collectif depuis 26 ans. On y aperçoit un jeune homme de 25 ans échevelé et barbu, un image associée à celle d'un tueur sans pitié.

Ce que cette image ne montre pas cependant, c'est le jugement dirigé vers sa mère, une femme qui sait pertinemment qu'en apercevant cet homme plutôt renfermé sur lui-même, plusieurs se sont demandé qui avait pu bien mettre au monde un «monstre» pareil...

 

Photo : Sylvain Mayer

Monique Lépine était récemment de passage à Sainte-Thècle où elle a raconté son histoire aux participantes de Femmes de Mékinac, un organisme qui, annuellement, souligne les Journées pour l'élimination de la violence faite aux femmes. - Photo : Sylvain Mayer.

 


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